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  Offrande faite à CookJames Cook - 1776-1779 : le troisième voyage

Le 10 février 1776, Cook accepte de diriger une troisième expédition dans le Pacifique. Les objectifs de ce voyage diffèrent toutefois des deux précédents : l’expédition doit se concentrer dans le nord du Pacifique, reconduire Omaï aux îles de la Société (après un séjour de sept mois à Londres) et trouver un passage au nord-est du Pacifique permettant d’atteindre les Amériques.

Au mois de juin 1776, Cook quitte le port de Plymouth (Angleterre) à bord du Resolution, avec un équipage de 112 hommes. Le capitaine Clerke, sur le Discovery, l’accompagne avec 80 hommes. Empruntant sensiblement le même trajet que lors de ses précédents voyages, Cook fait d’abord escale en Tasmanie en janvier 1777, puis en Nouvelle-Zélande. Entre mars et juillet, il explore les îles Cook et Tonga pour retourner aux îles de la Société (Tahiti). De là, il met les voiles vers le nord, vers les îles de la Ligne dont Christmas (Kiribati) et les îles Sandwich (Hawaii). À chacune de ces haltes, Cook et ses hommes fraternisent avec les populations locales, étudiant leurs mentalités et modes de vie.

L’équipage poursuit sa route vers le nord-ouest de l’Amérique. Il contourne la péninsule de l’Alaska, franchit le détroit de Béring et pénètre finalement dans les eaux arctiques. En cherchant un passage maritime qui relierait les deux océans, les marins s’arrêtent à Nootka et vivent quelque temps avec la population. Ils mettent ensuite le cap sur le sud, faisant escale aux îles Sandwich (Hawaii) pour se réapprovisionner et effectuer quelques réparations.

En quête d’un port convenable, le Resolution et le Discovery jettent l’ancre, le 16 janvier 1779, dans la baie de Kealakekua, à Hawaii. L’équipage débarque au cœur d’une période de festivités dédiées au dieu Lono. Cette saison de quatre mois, exempte de tabous, permet aux hommes et aux femmes de jouir d’une entière liberté sexuelle. Des danses, des jeux et des sports complètent les divertissements. Comme une légende hawaiienne prévoit le retour sur terre du dieu Lono, les autochtones auraient confondu Cook avec ce dieu. Lorsque le navigateur arrive sur l’île, ils l’enveloppent d’un vêtement sacré de couleur rouge et l’amènent dans un temple consacré au dieu. On présente ensuite Cook à la population qui se prosterne devant lui.

Au cours de ce séjour, Cook remarque la curiosité des Hawaiiens à l’égard des bateaux et leur fascination pour le fer. Il note aussi que les Hawaiiennes se donnent librement aux marins en envahissant leur bateau. En réalité, cette offrande sexuelle constitue un test permettant aux Hawaiiens de déterminer la condition mortelle ou divine des Blancs. En acceptant les faveurs des femmes, les marins prouvent leur mortalité. Les vaillantes tentatives de Cook pour éloigner des femmes ses 66 marins porteurs de maladies vénériennes sont vaines.

Un mois plus tard, les Blancs prennent congé de leurs hôtes. Le 4 février 1779, le Resolution et le Discovery appareillent pour le nord-est de l’Asie. Après une semaine en mer, des tempêtes causent de graves avaries aux bateaux, ce qui oblige les explorateurs à retourner dans la baie de Kealakekua. Mais les Hawaiiens n’apprécient guère le retour des marins et les accueillent avec des pierres. On peut expliquer cette réaction par la signification du mois en cours, le mois de février. Celui-ci représente pour les Hawaiiens la fin de l’ascendance du dieu Lono. La coutume veut que l’on sacrifie symboliquement Lono pour faire place à un autre dieu majeur, Ku-nui-akea. L’arrivée des marins durant cette période de sacrifice et leur association au dieu expliquent l’hostilité des innsulaires. Dès lors, les confrontations et les escarmouches se multiplient. En février 1779, le vol d’un canot appartenant au Discovery suscite pour la première fois la colère de Cook. Il ordonne au capitaine Clerke d’appareiller pour empêcher d’autres canots de quitter la baie. Accompagné de neuf marins armés, Cook descend à terre afin de convaincre le roi de l’île de monter à bord du Resolution; il servira d’otage à échanger contre le canot. Cette stratégie, efficace dans d’autres îles, dégénère : quelque 20 000 Hawaiiens encerclent Cook et ses hommes. Les Blancs ouvrent le feu pour se défendre et, dans la confusion qui s’ensuit, Cook et quatre marins sont mortellement atteints. Malgré le décès de leur commandant, les membres de l’équipage tentent de poursuivre leur expédition mais leur moral étant au plus bas, ils regagnent rapidement l’Angleterre.

James Cook a démontré de grandes qualités en tant que capitaine et gagné l’admiration de ses hommes. De plus, il semble avoir maintenu une attitude de respect à l’égard des insulaires en les traitant comme ses égaux et en voulant saisir le sens de quelques pratiques inscrites dans leurs systèmes culturels. Cet homme a largement contribué à l’histoire de ce siècle en abordant des peuples et des terres jusque-là inconnus. Sa devise consistait non pas à aller plus loin que quiconque, mais à dépasser toujours ses propres limites.