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Paysage à Tahiti
Marc-Joseph Marion Du Fresne (1771-1773)

Marion du Fresne cherchait à se distinguer dans la marine française pour pouvoir naviguer dans le Pacifique. Sans emploi depuis la dissolution de la Compagnie des Indes, il propose un plan d’expédition à l’administrateur de l’île de France (île Maurice). Ce plan comprend le retour à Tahiti de Aoutourou, le Tahitien amené à Paris par Bougainville. Après avoir séjourné onze mois à Paris, Aoutourou se trouve à l’île de France depuis octobre 1770. Du Fresne est aussi chargé d’atteindre le grand continent austral découvert par Gonneville et de s’assurer de la faisabilité du trajet par la mer de Tasman, vers la Nouvelle-Zélande, pour les navires marchands.

Né en 1724, on engage pour la première fois Marc-Joseph Marion, sieur du Fresne, sur un navire à l’âge de onze ans. Il obtient son premier commandement à 21 ans. Il joint la Marine Royale au début de la guerre de Sept Ans et accède au grade de capitaine de brûlot, en août 1759. La paix et la dissolution de la Compagnie des Indes réduisent son travail jusqu’à l’arrivée d’Aoutourou à l’île de France.

Le 18 octobre 1771, l’expédition quitte Port-Louis en raison de l’inquiétant état de santé d’Aoutourou. Marion commande le Mascarin, secondé par Julien Crozet et accompagné d’Ambroise Bernard-Marie Le Jar du Clesmeur à la tête du Marquis-de-Castries. Le Tahitien meurt de la variole durant le voyage. Cet événement modifie la raison officielle de l’expédition et la découverte de terres et de richesses dans le Pacifique devient l’objectif premier. Doublant le cap de Bonne-Espérance en novembre 1771, l’expédition fait route vers le sud.

En mars 1772, les deux navires mouillent dans une baie de Tasmanie. Durant ce séjour, les Français s’efforcent de nouer des liens amicaux avec les indigènes. Comme il n’est guère facile de rompre leur réserve et leur méfiance, Marion montre aux Tasmaniens deux marins volontaires, nus, pour leur prouver que l’unique différence entre eux repose sur la pigmentation de la peau. Dès cet instant, les Tasmaniens semblent accepter les marins. Toutefois, effrayés par le grand nombre de Français, ils les attaquent avec des lances et des pierres. Marion s’embarque alors le 6 mars 1772 pour la Nouvelle-Zélande, où il réussit à établir une relation d’amitié avec les Maoris. Les Français prennent un certain temps pour s’installer, ce qui leur permet d’approfondir la civilisation maorie. Compte tenu de la durée du séjour des Français, des heurts finissent par survenir. Le 12 juin, du Fresne et ses hommes sont tués dans une embuscade tendue par les Maoris. Les Français se vengent en brûlant un village et en tuant ses habitants. Du Clesmeur et Crozet prennent alors la direction de l’expédition. Comme les instructions données à du Fresne concernaient seulement la méthode d’observation et la direction des recherches pour l’avancement des connaissances, les officiers choisissent d’explorer des îles connues (l’archipel des Amis, ou Tonga, et Guam).

L’expédition s’achève aux Philippines car les navires nécessitent des réparations majeures. Le Castries rentrera à Port-Louis en avril 1773 et le Mascarin fera de même un mois plus tard. L’entreprise n’a donné que des résultats peu concluants. Le meurtre de du Fresne et de ses hommes entretiendra le mythe de la méchanceté et de la férocité du peuple maori. Il faudra attendre les voyages de James Cook en Nouvelle-Zélande pour modifier cette perception.