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Jean-François de Galaup, comte de La Pérousse (1785-1788)

La plus grande expédition française dans le Pacifique au 18e siècle demeure sans contredit celle de La Pérouse. Alors qu’une crise financière frappe le pays, l’État dépense une somme impressionnante pour lancer une expédition en mer. L’orientation scientifique du projet doit permettre à la France de rivaliser avec l’Angleterre, qui profite du prestige des voyages de James Cook. Aussi confie-t-on à La Pérouse la mission d’explorer la côte nord-ouest américaine et de compléter le travail entrepris par Cook sur les côtes américaines et asiatiques.

Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, naît au manoir du Guo, près d’Albi, le 23 août 1741. En 1756, il entre dans la Compagnie des Gardes de la Marine de Brest, bien résolu à suivre les traces des illustres navigateurs français. Engagé dès l’âge de 22 ans dans le conflit qui oppose la France et l’Angleterre au Canada, il participe ensuite à divers voyages dans les océans Atlantique et Indien ainsi que dans la baie d’Hudson. D’un grand humanisme, audacieux et expérimenté, La Pérouse devient capitaine de vaisseau. Il épouse Louise Éléonore Bourdon à Paris, le 8 juillet 1783.

Par ses exploits dans la marine, le navigateur reçoit un solide appui de la part du ministre de la Marine, Claret de Fleurieu, aussi directeur des Ports et Arsenaux. Le ministre, qui prépare un voyage dans le Pacifique, fait appel à La Pérouse. En juin 1785, Louis XVI le désigne alors pour commander une expédition autour du monde. L’objectif officiel de cette mission est de parfaire les connaissances scientifiques, mais il s’agit en réalité d’évaluer les comptoirs étrangers et les possibilités d’expansion de la France dans ces contrées éloignées.

L’expédition quitte Brest le 1er août 1785 pour un périple de trois ans. La Pérouse dirige la Boussole, et Langle, l’Astrolabe. Le groupe se distingue par le nombre impressionnant de savants, ingénieurs, artistes et techniciens de diverses disciplines : on compte 109 hommes, dont 8 civils, à bord de la Boussole et 113 hommes, dont 6 civils, à bord de l’Astrolabe. Le plan de navigation adopté vise à compléter les trajets de Cook.

Les vaisseaux atteignent le Chili le 24 février 1786 et l’île de Pâques peu après. Les Français, qui passent une seule journée dans l’île, observent sommairement l’organisation sociale des habitants et les statues érigées sur la côte et dans les cimetières.

Le 30 mai 1786, l’expédition arrive dans l’archipel des îles Sandwich (Hawaii), puis fait escale en Californie un peu plus tard. La Pérouse consigne minutieusement ses observations et critique le système religieux des indigènes, rejetant même les idées philosophiques qu’on entretient alors à leur sujet. Durant ces deux mois, l’équipage effectue la reconnaissance des côtes canadiennes et de l’île de Vancouver. La Pérouse espère trouver le passage pour l’Atlantique, mais en vain. La perte de 22 marins dans la baie de Lituya alourdit le climat du voyage. L’équipage reprend malgré tout la mer vers le Pacifique en septembre 1786 et atteint les îles Mariannes trois mois plus tard. En mars 1787, débute l’exploration de la côte asiatique, puis en décembre, celle des Samoa, dans le Pacifique Sud.

Aux Samoa, La Pérouse note soigneusement dans son journal et dans les lettres qu’il envoie en France ses observations sur les mœurs, coutumes, arts et usages des Samoans. À Tutuila, un affrontement entre Samoans et Français se solde par la mort de douze membres de l’équipage. Cette attaque des Samoans modifiera radicalement la perception et le comportement des Français, qui puniront dès lors la moindre incartade, le moindre vol commis par un insulaire. Ils veilleront à faire montre de leur puissance de façon subtile et indirecte pour se protéger contre d’éventuelles attaques. Malgré ces mesures, le respect primera dans les rencontres et échanges ultérieurs.

Le 24 janvier 1788, les vaisseaux arrivent à Botany Bay, en Australie, dernière escale connue. Le 10 mars 1788, ils quittent l’Australie, laissant planer sur eux un mystère. Théoriquement, la Boussole et l’Astrolabe devaient retourner à Brest en juin ou juillet 1789. On déclare l’expédition officiellement perdue le 14 février 1791. La France envoie une expédition de secours dans le Pacifique, commandée par Antoine-Raymond de Bruni d’Entrecasteaux, le 6 mai 1791. D’Entrecasteaux reçoit alors une double mission : il doit rechercher La Pérouse et reprendre le programme scientifique à l’endroit où ce dernier l’a laissé. Les espoirs seront déçus, car d’Entrecasteaux ne saura pas interpréter les indices trouvés aux îles Salomon.

Près de 30 ans plus tard, en 1827, le capitaine Peter Dillon reconstitue l’aventure de l’expédition de La Pérouse grâce aux témoignages des habitants de l’île de Vanikoro. Ceux-ci lui racontent que lors d’une violente tempête, l’un des vaisseaux a coulé tandis que l’autre s’est brisé sur les récifs. En cherchant refuge sur terre, les rescapés ont été massacrés par les habitants. Les quelques survivants de la tragédie ont construit un bateau avec les épaves. Ce navire n’a probablement jamais quitté la baie, coulant avant d’atteindre la haute mer. Deux hommes seraient demeurés dans l’île.

Le bilan du voyage de La Pérouse est désastreux : les vaisseaux ont sombré corps et biens devant Vanikoro. Plusieurs preuves indiquent toutefois que La Pérouse a été l’un des découvreurs de la côte orientale de Nouvelle-Calédonie avant de faire route vers son lieu de naufrage. Cette expédition, qui voulait surpasser en prestige celles de Cook, est demeurée empreinte du mystère le plus complet pendant près de 40 ans.