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Planche Gope
Objet 2D [263 Ko] |
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Âmes
La plupart des Océaniens utilisent le mot « souffle » pour désigner ce que nous appelons l« âme » (ne dit-on pas dailleurs, en français, « rendre le dernier soupir » ou « expirer » pour désigner la mort?). Outre cette dimension physiologique du moi, le concept d« âme » chez les Océaniens englobe l« esprit » et la « pensée » ainsi quun principe de vie qui peut subsister près du corps durant quelques jours après la mort biologique. Les gens qui entendent des sons provenant de la maison dune personne décédée récemment diront : « Écoutez, cest lâme qui passe en revue les biens personnels du mort ».
Les Malaitans (îles Salomon) croient que lêtre humain possède trois âmes. La première disparaît à la mort biologique, la seconde sévanouit progressivement après les funérailles et la troisième senvole vers le Pays des Morts une fois achevés les rites dinhumation. Pour pouvoir être admise dans lau-delà, cette âme devra subir avec succès un test de connaissances généalogiques. Si elle échoue, elle devra retourner dans le corps quelle a quitté. Le défunt ressuscite alors, mais il reste sourd et muet jusquà sa prochaine mort.
Dans dautres régions de lOcéanie, le sort de l« âme » dépend non pas de ses connaissances, mais dun jugement moral porté sur ses réalisations. Ainsi, chez les Maoris, une vie dhonneur dans lau-delà vient récompenser celui qui, au cours de sa vie terrestre, a été un « gagnant », tandis que la honte éternelle attend les « perdants ». Les guerriers maoris mangeaient le corps de leurs ennemis afin daugmenter le mana de leur âme. On peut en déduire quils croyaient que lâme habitait toujours le cadavre... Et il en va de même en ce qui a trait au cannibalisme pratiqué dans certains sacrifices humains.
Ajoutons que les êtres humains ne sont pas les seuls à posséder une âme : certains animaux « réputés », comme certaines espèces d'oiseaux, les requins et les cochons, en ont également une. Ainsi, lhomme qui vend ou donne un de ses cochons conservera son « âme » pour quelle puisse animer un autre cochon à naître.
À Mota (Vanuatu), un être humain peut même partager une « âme » avec un autre être, voire avec un objet inanimé. Leur destin sera alors lié et, si lanimal meurt ou si lobjet se détériore, lêtre humain mourra lui aussi.
Partout en Océanie, les « âmes » quittent le corps après la mort et senvolent vers le Pays des Morts. L« âme » peut aussi quitter le corps temporairement, notamment lors de rêves ou de transes comme chez les chamans, ou en dautres occasions et vagabonder de ci de là.
Pierre Maranda, 2000
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