|
|
 |
Bijoux
 |
 |
 |
 |
Couronne de coquillage
Objet 3D [850 Ko] |
Le port de bijoux en Océanie, fort répandu, se voit au quotidien tout aussi bien que lors de fêtes et cérémonies. Ceux qu'on porte tous les jours, plus modestes, consistent en colliers, boucles ou bâtonnets d'oreilles souvent agrémentés d'une fleur d'hibiscus fichée dans une chevelure bouclée. Les éléments des colliers - par exemple, dents de cochon, de dauphin, ou cauris - ont une valeur monétaire. Les bijoux d'apparat, eux, comportent des parures de grande valeur. Monnaies de coquillages ou de plumes, bracelets d'éclats de bénitier géant travaillés et polis, brassards finement uvrés de disques de coquillages précieux, tout cela et plus encore orne une seule et même personne. La richesse, en Océanie comme ailleurs, se porte en parures monnayables.
Ajoutons ici une note particulière à la Polynésie. À Tahiti, les coquillages appartiennent aux femmes; elles en font des couronnes et des colliers. Cette tâche revient plus précisément aux « mamas » - femmes mariées et mères, dont les enfants participent à la collecte et à lassemblage des matériaux ainsi que, de nos jours, à la vente du produit fini à lextérieur de laéroport. Auparavant, les femmes de la famille confectionnaient les colliers et les couronnes offerts aux parents lors de départs. Aujourdhui, cependant, la plupart des familles se procurent ces parures auprès des « mamas » qui, dans bien des cas, tirent leur subsistance de cette activité - une coutume qui remonte à lépoque davant les gouvernements coloniaux. Les femmes des différentes îles séchangent les coquillages, ce qui favorise le développement technique et alimente un réseau panocéanique.
On offre des colliers et des couronnes aux personnages importants (dignitaires, ministres, officiers supérieurs de larmée, etc.) à leur arrivée et à leur départ. Avant le transport aérien, on ne voyageait évidemment que par mer. À cette époque, on confectionnait les colliers et couronnes avec des fleurs. Une fois à bord, le dignitaire qui les avait reçus jetait son collier et sa couronne dans leau. Si la mer les ramenait vers le rivage, cela signifiait quil reviendrait un jour. Si la mer les entraînait au large, on y voyait un mauvais présage, le signe que le voyageur ne reviendrait jamais.
Au cours des années 1960, on a interdit les importations de fleurs par avion pour des raisons dhygiène; depuis, on ne fait plus colliers et couronnes qu'avec des coquillages. Par conséquent, on ne peut plus les jeter à leau depuis le pont des bateaux - ils ne flotteraient pas -, si bien que les voyageurs les emportent avec eux.
Pierre Maranda, 2000
|
|