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Chamans

Les chamans d’Océanie, hommes et femmes, sont d’origine mélanésienne. Ils possèdent la faculté de voyager dans l’au-delà. Après avoir atteint un état de transe, leur âme part à la rencontre d’esprits et d’ancêtres pour renverser des situations problématiques, diagnostiquer et guérir des maladies, négocier des ententes avec le monde invisible ou recueillir des informations privilégiées.

Chez les Baruya, comme dans la plupart des sociétés chamaniques, on acquiert ce titre soit par héritage, soit par mérite. Les liens du sang comme l’apprentissage peuvent en effet instituer les futurs chamans. Certains initiés, à l’aube de leur mort, se choisissent un successeur et lui transmettent leurs pouvoirs par le regard, à l’insu de leur élu. D’autres recrues recevront les pouvoirs lors des funérailles ou peu après le décès du chaman, par une transe de possession. Après cet événement les futurs chamanes entreprendront leur initiation, en recevant notamment des chants et des formules. Leur nouveau statut s’affirmera réellement lors d’une guérison réussie et exécutée publiquement.

Les hommes chamans forment les apprentis, qu’ils soient masculins ou féminins. Les femmes chamans, malgré la reconnaissance de leur efficacité, ne peuvent assurer seules la formation des futurs initiés. Pour le futur chaman, une guérison réussie constituera un signe public et décisif lors de son rituel d’initiation. Les guérisons accomplies durant sa vie lui apporteront plusieurs compensations matérielles, en échange de quoi il ne refusera en aucun cas d’intervenir auprès d’un malade. Si on le soupçonne de négligence, il s’expose à être accusé de sorcellerie par la famille du patient.

Le rôle des chamans est souvent associé à la guerre, militaire et spirituelle. Dans les sociétés traditionnelles, ils sont effectivement très impliqués dans la préparation des guerriers et des stratégies de combat. S’il est homme, le chaman pourra aussi occuper lui-même les fonctions de guerrier. Par ailleurs, l’acte de guérison est aussi une agression puisque pour extraire le mal d’une personne ou d’une communauté, le chaman doit le rediriger vers un clan voisin. Cela génère des soupçons de toutes parts dès que la maladie frappe une communauté. Toutefois, on restreint la portée de ces attaques et contre-attaques car il faut bien conserver vivantes des cibles dans d'autres groupes, pour l’évacuation des maux de son propre groupe. En ce qui a trait à la guerre spirituelle, le chaman en mène une auprès des esprits pour neutraliser leurs actions maléfiques ou problématiques. Une incapacité du chaman à juguler le foisonnement de maladies confirme que des ennemis ont lancé des sortilèges ou que ses propres pouvoirs se sont affaiblis.

Les communications du chaman avec l’au-delà s’effectuent soit volontairement (sur consultation et lors de rituels), soit spontanément, la nuit, alors qu’il envoie son âme au service d’autrui. Après les consultations, les rêves révèlent aux chamans l’origine des maux et leurs remèdes.

Des ornements corporels (port d’ossements, parures) et des comportements particuliers (gravité, retenue) distinguent généralement les chamans des autres personnes (moi).

De nos jours, le chamanisme est moins lié aux guerres tribales, peu à peu éradiquées par les gouvernements coloniaux, mais il demeure très actif à des fins thérapeutiques. Les tenants de la biomédecine et les chamans guérisseurs collaborent étroitement, surtout pour le traitement de troubles internes.

Hélène Giguère, 2000


Femmes chamanes
ombre
Femmes chamans