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Flûtes
Les Océaniens ont connu traditionnellement tous les types de flûtes. Ils fabriquent une grande variété de flûtes de Pan, des flûtes nasales, des flûtes traversières, etc. Faits de bambou, ces instruments servent principalement à deux fins, toutes deux cérémonielles. D'une part, par exemple à Malaita, des orchestres de flûtes accompagnent les danses qui font partie des grands rites prolongeant les funérailles sur plusieurs décennies. Toutefois, les musiciens ne peuvent les sortir que pour les répétitions, lesquelles ne commencent pas avant que le prêtre ait fixé la période préparatoire aux rituels. Et on devra les ranger après l'exécution des danses qu'elles accompagnent.
D'autre part, en Papouasie Nouvelle-Guinée, notamment chez les Anga, les flûtes servent lors des initiations. Et il en va de même chez les Mundugumor, qui distinguent des flûtes pour les esprits, pour les eaux, pour les familles, pour la forêt, etc. Au cours de ces rituels, les femmes entendent le son des flûtes mais elles nont pas le droit de voir ces instruments - que, selon le mythe d'origine, elles ont pourtant inventés -, et qui restent cachés dans la maison des armes. En fait, dans maintes cultures, les femmes détiennent un pouvoir fondamental, celui de la fertilité - un pouvoir qui leur vient de la Terre-Mère et que les hommes cherchent à leur ravir. À lorigine, les flûtes cérémonielles de Papouasie-Nouvelle-Guinée appartenaient aux femmes, mais les hommes les en ont dépossédées et, depuis, les dérobent à leur vue.
Dans certaines sociétés de Papouasie Nouvelle-Guinée, on considère la flûte comme un symbole de masculinité qui a ses secrets - un peu comme un fétiche à connotations érotiques qui lassocient aux esprits féminins et aux fantasmes sexuels. Les hommes en jouent surtout à loccasion de la séparation du fils davec sa mère, lors des cérémonies dinitiation destinées aux garçons et aussi pour célébrer les naissances. Chez les Anga, on relie la flûte à la fellation que les garçons pratiquent sur leurs aînés, dont ils ingurgitent le sperme pour conforter une identité masculine qui, autrement demeurerait indécise, comme celle des crocodiles.
Les rhombes, spatules oblongues nouées à lextrémité dune corde, accompagnent les concerts de flûte. On les fait tournoyer dans la forêt, loin des femmes. Ils produisent un son retentissant souvent associé au tonnerre et à son esprit. En principe, le bruit doit faire peur aux femmes et aux enfants, mais dans la pratique, il impressionne les premiers tandis que les femmes ne sy laissent pas prendre.
Pierre Maranda, 2000
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