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Gouvernements coloniaux

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L'histoire de la colonisation de l'Océanie ne diffère guère de celle des autres continents. Plus tardive, elle n'en eut pas moins un impact dévastateur sur les cultures locales. Elle commença avec les premiers explorateurs qui ouvrirent la voie à l'exploitation des îles et des populations par des trafiquants et des aventuriers. On épuisa les forêts de bois de santal, on chassa les cétacés à grande échelle, on créa des plantations où on brima bien souvent les populations indigènes recrutées sans ménagement. Les négriers dépeuplèrent des régions côtières, notamment à Vanuatu et aux Salomon. Peu après, les missionnaires implantèrent des Églises qui firent office de têtes de pont aux puissances européennes en compétition pour s'accaparer les archipels. Les protestants anglais, arrivés les premiers, demandèrent le support de leur mère patrie contre l'intrusion des missions catholiques, au secours desquelles se porta la France. L'Espagne et l'Allemagne, et puis les Américains, voulurent eux aussi leur part du continent. Les guerres qui s'ensuivirent entraînèrent les Océaniens dans des conflits complètement étrangers à leurs sociétés.

Les puissances coloniales gérèrent leurs possessions de façon plus ou moins lâche. Outre les capitales qu'elles établirent dans les archipels sous leur contrôle, la définition de districts administratifs ainsi que des tentatives de cadastre des terres, les puissances occidentales soutinrent les planteurs, les missionnaires et les entreprises minières. Mais en général les administrateurs se contentaient d'assurer, manu militari, autant qu'ils le pouvaient, l'ordre social et les lois de leur pays d'origine qu'ils infligèrent aux Océaniens. Ils implantèrent des polices et des cours de justice à l'européenne. Cooptant des chefs ou nommant des headmen, ils imposèrent des taxes et des amendes, bannirent nombre de pratiques coutumières pour exiger la conformité à leurs propres visions du monde. Ils visaient par là à « civiliser » les « sauvages ». Plus récemment, convaincues de la supériorité du régime démocratique sur ceux des Océaniens, les puissances coloniales introduisirent des élections.

Les administrateurs travaillèrent donc de concert avec les missionnaires pour évacuer le « primitivisme » de leurs sujets. Au fait de l'importance de l'organisation spatiale d'une société pour exprimer et maintenir son mode de vie, ils s'empressèrent de la modifier. Ils favorisèrent donc les concentrations d'habitations, remodelant par là la vie quotidienne. Ces concentrations avaient aussi pour but de faciliter l’administration des colonisés, compliquée dans le cas de hameaux ou de villages dispersés. De plus, on entreprit d'importantes modifications sur le plan des structures de l'habitation. Entre autres mesures, les gouvernements coloniaux établirent des règlements en matière de logement (hébergement), évoquant des raisons de salubrité publique.

La pacification des régions où sévissaient les guerres tribales eut pour effet de transformer les styles de construction et la configuration des villages. Ainsi, les Samo de Papouasie-Nouvelle-Guinée habitaient auparavant des maisons allongées pouvant accueillir entre 25 et 50 personnes. Ils avaient conçu et situé ces maisons de manière à assurer une protection contre les attaques surprises. Le gouvernement colonial australien incita les Samo à abandonner les sites disséminés dans la jungle et à regrouper les maisons allongées dans des villages, qu'on a désignés « unités administratives ». Au niveau de la construction, on passa progressivement des maisons allongées aux maisons familiales plus petites. Ce passage constitua une adaptation aux changements survenus dans les conditions sociales et environnementales.

Les règlements adoptés en matière de salubrité publique influèrent également sur la construction des maisons, même si les pratiques changèrent moins rapidement que les structures. Ainsi, à Galilo, le gouvernement exigea qu'on bâtisse les maisons sur pilotis, mais les anciens choisirent de dormir clandestinement sur le sol en terre battue des cuisines. Les tentatives pour introduire les toilettes se heurtèrent également à des résistances : les hommes les utilisaient rarement et certaines femmes, pas du tout.

Aux îles Fidji, les lois édictées par le gouvernement privilégiaient l’ouverture, la visibilité, la ventilation, le bornage et une spécialisation spatiale particulière des activités. On considérait comme surpeuplée, et donc malsaine, une maison occupée par une famille élargie et nombreuse.

Les populations locales s’adaptèrent aux exigences des gouvernements coloniaux et aux enseignements des missionnaires, tout en conservant, lorsque possible, leurs propres préférences. Elles les manifestèrent en choisissant, parmi les techniques de construction et les matériaux nouveaux, ceux qui permettaient le mieux de satisfaire à leurs propres besoins et d’atteindre leurs propres objectifs.

Jan Rensel et Pierre Maranda, 2000

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