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Hangars à pirogues

 Hangars à pirogues
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Hangar à pirogues
Les hangars à pirogues existaient autrefois presque partout sur le territoire insulaire océanien. Ces constructions, qui précèdent l’arrivée des Européens, étaient généralement de facture similaire, comme en atteste la parenté linguistique de leurs appellations dans le Pacifique : wharau en Nouvelle-Zélande, farau à Tahiti, horau à Tuamotu, halau va’a à Hawaii, volau aux Fidji, fale vaka à Tuvalu, bare aka à Kiribati, fare aux Carolines (Belau), faal à Chuuk et faniwa à Yap (Micronésie). Bien que, aujourd’hui, souvent en Océanie, les familles ou les individus se contentent de renverser leurs pirogues sur les grèves et de les recouvrir de vieilles nattes ou de palmes de cocotiers, la construction de ces hangars perdure toujours. Leurs dimensions variées reflètent la grande diversité des pirogues.

Les Tahitiens, particulièrement, accordent toujours une importance culturelle aux pirogues et à leurs hangars. Ils utilisent encore les grandes pirogues traditionnelles, surtout pour le transport des touristes, mais ils en ont remplacé les voiles par des moteurs hors-bord. Les pirogues de grands voyages, qu’on trouvait autrefois un peu partout en Océanie, profitaient de hangars de taille imposante pouvant atteindre 15 mètres de longueur et 8 mètres de largeur. Leurs mâts amovibles facilitaient le remisage et, par conséquent, la construction de ces abris. Certaines embarcations appartenaient traditionnellement aux chefs et membres des classes privilégiées : signalons la pirogue d’apparat du chef, riche en ornements et de taille impressionnante, le pahi, pirogue à double-mât dont la poupe peut atteindre 5 mètres, et les pirogues de guerre. Ces dernières sont incontestablement les plus imposantes : leur poupe mesure parfois jusqu’à 8 mètres et la pirogue, 30 mètres ! Certains pahis, grâce à leurs mâts amovibles, pouvaient être transformés en pirogues de guerre. Bien qu’on installe généralement les pirogues et leur hangar à proximité de l’embouchure des fleuves ou en bordure de mer, la pirogue sacrée tahitienne (qui portait traditionnellement la maison du dieu) fait figure d’exception : on l’exposait dans l’enceinte des marae nationaux, imposants monuments près desquels on effectuait des offrandes et des sacrifices.

À Samoa, les maisons dites afolau, d’une forme oblongue certainement dérivée des hangars à pirogues, abritaient autrefois et les pirogues et les gens. Les pirogues contemporaines, d’un style modifié au 19e siècle, sont dorénavant parquées sous des abris très bas conçus expressément pour cette fonction.

En Micronésie, sur l’île de Pollap notamment, l’utilisation résidentielle des hangars à pirogues répond à un besoin criant de logements (hébergement), la population et le nombre de migrants ayant augmenté considérablement depuis les trente dernières années. Les abris à pirogues micronésiens sont la propriété du clan (parenté) et non d’une unité familiale. On en recouvre le sol de plusieurs épaisseurs de nattes, rendant plus confortable le séjour des voyageurs. Mais ne logent pas dans ces abris que les étrangers. Dans certaines îles et certains villages, on attribue aux hangars à pirogues de nouvelles fonctions : ils peuvent servir aux rassemblements spontanés de groupes restreints, aux répétitions de danse, à des rencontres de clan, à l’hébergement de familles, mais surtout de jeunes garçons et d’hommes, célibataires ou séparés. Les femmes ne sont pas totalement exclues de ces habitations, bien que les hommes en demeurent les utilisateurs principaux. En théorie, elles sont considérées à certains endroits comme étant taboues de ce lieu, mais dans la pratique, elles peuvent y venir pour assister des malades, veiller des morts et participer à des rassemblements.

À Pollap, la fonction sociale des hangars à pirogues chevauche celle des maisons de rencontres, ces dernières étant davantage utilisées pour les rassemblements plus importants ou pour tout type de rencontre dans les quelques rares endroits d’Océanie où les hangars à pirogues n’existent pas.

Hélène Giguère, 2000

Pirogue double
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Pirogue double