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Initiations

Les rites de passage marquent les transitions d’une saison à l’autre, d’une catégorie d’âge à une autre, d’un statut social à un autre. Les rites saisonniers, très répandus dans les sociétés européennes (en particulier, lors des solstices), existent aussi en Océanie. Ainsi, la cueillette des noix de canarium donne lieu à des rites saisonniers, collectifs et élaborés. Tout comme ceux axés sur l’individu, ces rites célèbrent le passage d’une étape de la vie à une autre. Ils soulignent et sanctionnent les naissances, les mariages et les funérailles. Les rites d’initiation, qui occupent une place centrale dans de nombreuses sociétés océaniennes aussi bien en Micronésie qu'en Polynésie et en Mélanésie, font partie de tels rites de passage.

Les initiations se pratiquent en groupe. Plusieurs garçons ou plusieurs filles les subiront collectivement lorsqu'on aura accumulé suffisamment de réserves pour y procéder (poissons, cochons, gibier, légumes, monnaies). Des spécialistes dirigeront alors les opérations.

Chez les filles, dans certaines sociétés, l’initiation sera en quelque sorte spontanée – autrement dit, « naturelle » –, leurs premières règles prouvant en effet qu’elles sont nubiles. Dans ces cas il arrive qu'on célèbre ce passage de l'adolescence à l’âge adulte. Ainsi, à Malaita, une cérémonie a lieu au cours de laquelle les jeunes menstruées sont investies du pouvoir d’agir en médiatrices entre la terre et la mer. Ce rite les autorise à s’approprier les fruits du travail des hommes lorsqu’elles apportent les poissons ou les légumes aux marchés locaux. Dans d'autres sociétés, par exemple chez les Wogeo en Papouasie-Nouvelle-Guinés, on infligera un traitement douloureux aux filles, à coups de bâtons, pour qu'elles démontrent leur endurance.

Quant aux initiations de garçons, inexistantes dans certaines sociétés (par exemple encore chez les Wogeo), le passage à l’âge adulte exige une reconnaissance sociale qu'on obtient de différentes façons, selon les lieux. Ainsi, à Samoa, un simple cadeau au groupe des initiés offert par le père suffira pour déclencher la fête qui consacrera l'initiation de son fils. En contraste, ailleurs (surtout dans certaines parties de Papouasie-Nouvelle-Guinée), les jeunes gens devaient parfois supporter des épreuves physiques et morales ardues pendant plusieurs mois tandis que, ailleurs encore, une simple réclusion suffira, qui se termine par une danse ou autre cérémonie.

On infligeait de très rudes traitements aux garçons busana de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Pendant des mois leurs aînés les battaient, les affamaient et troublaient leur sommeil, avant de leur apprendre à se faire des incisions sur le pénis - incisions à répéter inlassablement toutes leurs vies durant (pour éviter la contamination par le coït). Ailleurs, chez les Iatmul, on infligeait des scarifications aux garçons pour démontrer que le crocodile cosmique les avait effectivement avalés, pour ensuite les régurgiter adultes. Pour les Anga, les initiants acquéraient des connaissances secrètes comme celle des flûtes qui devaient effrayer les femmes. Par contre, et toujours en Papouasie-Nouvelle-Guinée, chez les Orokaiva cette fois, on nourrit très bien et tient au chaud les garçons en réclusion dans une demi-obscurité pendant quelques mois au terme desquels on les pare pour des danses solennelles.

L’acte consistant à tuer son premier ennemi fait partie d'un autre type d'initiations. Par exemple, à Malaita, imitant en cela les premières règles de la femme, le jeune homme devait verser du sang humain en se servant d’une massue en forme de clitoris. Ce « clitoris » d'ébène maculé de sang prouvait sa vaillance et démontrait son appropriation du pouvoir de mort dont les femmes disposent tout naturellement aptes à se marier. Le Malaitain acquérait par là le statut d’homme adulte; il devenait donc disponible sur le marché du mariage.

Là où existent des rituels d'initiation, les garçons et les filles ne constituent pas des membres de plein droit de la communauté tant qu’ils ne les ont pas subis. L’initiation, peu importe la forme qu’elle prend, transforme les jeunes gens en adultes prêts à perpétuer légitimement leurs sociétés.

Pierre Maranda, 2000