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Dans certaines régions du Pacifique, les maisons sont demeurées à peu près comme avant. Les familles y vivent selon des modes d'organisation et d'aménagement plus ou moins complexes, selon les sociétés. On y utilise toujours les mêmes matériaux de construction, complète les résidences par des abris pour cuisines ou à autres fins (hangars à pirogues, hangars à copra).

Des règlements très stricts régissent l’entrée dans les domiciles : aucun étranger ne doit y pénétrer sans le consentement et sans la présence du chef de famille. Ensuite, les maisons traditionnelles n’ont qu’une seule ouverture, la porte, qu'on ferme avec un panneau. Une maison munie de fenêtres offrirait aux forces du mal un accès moins facilement contrôlable. Par contre la cuisine et les abris, espaces ouverts, bien ventilés, servent d’intermédiaires entre les lieux privés et publics.

Dans les îles Carolines comme dans plusieurs autres lieux, la maison familiale se divise longitudinalement en deux sections. L’arrière étant la « place des origines », le père, prêtre de la maison, y garde les objets tabous. L’avant, la « place des nombreux », accueillera les autres membres de la famille (femmes, enfants, aînés), à l’exception des femmes en période de menstruation. Ailleurs, par exemple à Malaita, les maisons se divisent en trois parties dont la disposition reflète celle des villages : le côté feu appartient aux hommes, le côté nattes et eau potable, aux femmes, et la partie centrale, à tous les membres de la famille. Des maisons des hommes/des armes, des maisons des femmes, des maisons allongées, ainsi que des maisons de chef et des maisons de rencontres
se retrouvent dans nombre de hameaux ou villages en milieu rural. Dans les villes, cependant, l'habitation a subi des changements importants.

L’influence des gouvernements coloniaux et des missionnaires chrétiens a eu des impacts à différents niveaux sur les coutumes indigènes (kastom) : styles d’habitation, matériaux de construction, emplacement, composition des ménages, etc. La pacification des régions où sévissaient les guerres tribales a eu pour effet de modifier l'architecture traditionnelle ainsi que la configuration des villages. Les gouvernements coloniaux ont établi des règlements en matière de logement (notamment pour des raisons de salubrité publique) et ils ont été à l’origine de la construction de bains publics et de toilettes. Ils ont imposé des regroupements d’habitations afin de se faciliter l’administration des colonisés – ce qui, dans certaines régions, a contribué à la disparition des maisons allongées et de l’organisation sociale qui s’y rattachait.

Les églises des missions ont également constitué des pôles d’attraction pour la création de villages. Les missionnaires ont bien souvent imposé leurs vues pour la construction d’habitations jugées convenables pour des chrétiens et ils ont introduit des méthodes et des matériaux de construction nouveaux. Ils ont modifié indirectement les conditions de logement en préconisant chez les convertis les ménages constitués de la famille nucléaire et en décourageant les autres types d’habitation, y compris les maisons des hommes et maisons des femmes.

Les Océaniens ont accueilli favorablement certaines innovations – par exemple, les techniques et les matériaux de construction permettant de mieux résister aux phénomènes météorologiques violents (comme les ouragans) ainsi que les systèmes améliorés de distribution d’eau et de collecte des eaux usées. Mis en contact avec d’autres styles d’habitation – ceux des étrangers résidant chez eux et ceux observés lors de leurs propres séjours à l’étranger –, les Océaniens ont fini par élaborer leur propre conception de ce qui constitue une « maison convenable ». Leur participation de plus en plus active au commerce extérieur ainsi que le travail à l’étranger (migrants) leur ont fourni l’argent nécessaire pour se faire construire des maisons conformes à leurs nouvelles aspirations. Outre les églises et les immeubles abritant le gouvernement colonial, les nouvelles structures comprennent les hangars à copra et les magasins.

Ces changements matériels ont toutefois provoqué une remise en question des valeurs traditionnelles et de l’organisation sociale. Alors qu’auparavant des parents s’aidaient mutuellement à construire et restaurer leurs maisons avec les matériaux de construction disponibles localement, nombre d’Océaniens utilisent aujourd’hui leurs salaires ou des envois (en matériaux ou en monnaies) pour importer du bois d’œuvre, des blocs de béton et de la tôle ondulée, et pour charger des ouvriers qualifiés de construire leur maison. Cet échange commercial élimine la notion de réciprocité du processus de construction, tandis que l’utilisation de matériaux permanents complique la question de la propriété du site. L'usage de matériaux permanents – en particulier, le béton – exacerbe également les conflits. En effet, les dortoirs traditionnels de chaume pouvaient facilement être démontés et réorientés ou déplacés, ce qui facilitait une possibilité de règlement de conflits, mobilité devenue impossible avec des matériaux dur.

Les changements dans l’organisation matérielle se sont répercutés sur la vie sociale de bien des manières. Ainsi, dans maintes îles du Pacifique, on cuisinait auparavant dans des abris ou dans des cuisines suffisamment ouvertes pour que des groupes puissent aider à préparer les aliments et partagent ensuite le repas. Maintenant, la cuisine et les chambres à coucher se trouvent sous un même toit et on consomme de plus en plus d’aliments importés (riz, viande et poisson en conserve). La cuisine est donc devenue une activité privée et les repas sont plus souvent réservés aux habitants de la maison ou aux proches parents. Les jeunes hommes qui avaient l’habitude de dormir dans leurs propres maisons – à l’écart de leurs parents et, en particulier, de leurs sœurs – peuvent dorénavant dormir dans la maison familiale, où des cloisons permettent de créer des espaces séparés pour les frères et sœurs. Les murs – et, parfois, les verrous sur les portes – limitent l’accès à la propriété privée. De même, le mobilier a subi des transformations importantes.

Les changements au niveau du logement ont aussi des répercussions sur la richesse, le rang et le mérite social. Aujourd’hui, l’accès à l’argent est un facteur plus important que le statut ou le titre traditionnel. Les contraintes sociales limitant l’étalage exagéré de richesses personnelles sont en train de disparaître, les propriétaires de grosses maisons s’attirant la déférence (et suscitant la convoitise) des autres. Dans certaines communautés, on construit des maisons de rencontre ou des maisons de la culture où ont lieu les manifestations publiques. Ces maisons peuvent devenir des symboles de richesse et de prestige équivalents aux maisons des chefs de jadis.

Jan Rensel, 2000


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