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Maison des femmes

 Case menstruelle
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Case menstruelle
En Océanie, les maisons des femmes servent surtout de cases de réclusion. En effet, le sang menstruel et celui des accouchements représentent un danger mortel pour les hommes. Ce sang diffère essentiellement du sang « normal », qui coule dans les veines et les artères du corps. Certes, le sang « normal » peut s’écouler du nez ou d’une blessure, mais son contact n’a pas de conséquences fâcheuses. En revanche, le sang provenant des organes génitaux féminins peut provoquer toutes sortes de catastrophes, contre lesquelles les hommes doivent se protéger. D’où la création de maisons de menstruation et d'accouchement dans un quartier distinct, habituellement retiré ou, à tout le moins, en contrebas des secteurs où se déroule la vie courante.

Pour employer une métaphore, les cases menstruelles constituent des lieux « à haute tension ». L’homme qui y pénètre est « électrocuté », à moins qu’il n’offre un sacrifice symbolique à un esprit « déconnecteur » (dans les sociétés les plus accommodantes) ou qu’il ne fasse aussitôt appel à un prêtre capable de neutraliser le choc par un rituel spécial et, dans bien des cas, très onéreux (dans les sociétés plus strictes). Par ailleurs, une femme menstruée qui entre dans la maison des hommes ou dans leur quartier « électrocutera » aussi bien le lieu que ses occupants. Tous les hommes doivent sortir sur-le-champ et trouver refuge dans un secteur où ils pourront pratiquer des rituels de neutralisation.

Nombre d’Océaniens considèrent le sang menstruel comme une arme mortelle. Un homme qui veut supprimer un ennemi se procurera des rognures d’ongle, un cheveu ou encore un objet qui a été en contact direct avec le corps de la personne visée (moi), (par exemple, une paille de son panier), puis il demandera à sa femme, à sa sœur ou à sa fille d’apporter l’objet dans le quartier des femmes afin de l’investir du mana mortel du sang menstruel. Il croit alors que sa victime mourra sous peu.

Le danger du sang menstruel provient du fait que la femme le laisse échapper plutôt que de le conserver pour devenir enceinte. Ce sang s’écoule en outre de ses organes sexuels, donc, de la partie inférieure de son ventre. Vu que ce qui est « en bas » (synonyme de stabilité et de solidité) appartient ontologiquement à la femme, alors que ce qui est « en haut » (synonyme d’instabilité et de fragilité) appartient ontologiquement à l’homme, celui-ci doit rester toujours vigilant afin de ne pas inverser l’ordre cosmique. Il s’ensuit que, dans nombre de sociétés océaniennes, la femme doit toujours être en dessous durant le coït et que l’homme ne peut pratiquer le cunnilingus, car la partie supérieure de son corps serait alors en contact avec la partie inférieure du ventre de la femme.

À Malaita septentrionale (îles Salomon), le quartier des femmes contient plusieurs cases menstruelles ainsi que celle pour les accouchements. Ce quartier, une réplique à petite échelle du village, constitue pour les femmes un lieu où elles peuvent mener une vie agréable entre elles, loin de leurs hommes. Elles font l’élevage des huîtres dans des parcs, se préparent des repas raffinés, plaisantent et chantent, bavardent et se reposent des corvées de la famille. Elles considèrent leur période menstruelle comme des vacances. En plus de posséder leurs propres maisons, ces femmes ont l’utilisation exclusive des pirogues et des jardins réservés à leur sexe.

Pierre Maranda, 2000

Maison des femmes
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Femme calao
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Femme calao