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Mariages

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Mariage
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En Océanie, tout comme dans maintes sociétés européennes, le mariage permet de raffermir les relations sociales. Il cimente les alliances – surtout économiques et politiques – entre deux familles (bien souvent élargies). Il crée un ensemble d’obligations réciproques par des échanges de biens et de services conformément à des usages déterminés. De telles alliances dureront toute la vie des mariés et peuvent même s’étendre sur plusieurs générations.

Dans la plupart des sociétés océaniennes, les mariages s’accompagnent de prestations et de contre-prestations importantes, habituellement organisées par les parents du futur marié. Ceux-ci doivent verser une compensation matrimoniale proportionnelle à leur statut social et à celui de la future mariée, afin d’indemniser la famille de cette dernière de la perte d’un membre précieux. Dans les sociétés patrilinéaires, la compensation versée par la famille du mari signifie que les enfants nés du mariage appartiendront au clan de l’homme. Les chefs de famille accumulent longtemps à l’avance une somme d’argent sous forme de monnaies de plumes, de coquillages, de dents de dauphins ou encore de nattes ou autres biens en prévision du mariage de leur fils. De longues négociations ont habituellement lieu avant que les deux familles n’en arrivent à un entente définitive. Certains clans se saigneront aux quatre veines pour organiser une union somptueuse entre des enfants de chefs ou de grands prêtres. Dans les sociétés hiérarchisées comportant une aristocratie héréditaire et une classe populaire, on doit normalement épouser un membre issu de sa « classe », ce qui crée, dans une certaine mesure, une « endogamie de caste ».

Des règles de mariage ont néanmoins cours partout. Le tabou de l’inceste prévaut, bien que sa définition varie d’un endroit à l’autre et en fonction des systèmes de parenté. À l’exception d’Hawaii et de Samoa, où – comme dans l’Égypte ancienne – l’inceste était prescrit entre les membres des familles du plus haut rang (personne n’étant leur égal), la règle fondamentale exige qu’on donne à d'autres ses fils ou ses filles. Au lieu de favoriser la consanguinité et de rester fermés sur eux-mêmes, les membres d'une famille doivent ouvrir leur cercle et en faire, pour ainsi dire, des spirales qui leur donnent un rayonnement social plus grand et qui déploient leur univers de solidarité humaine. Par conséquent, l’exogamie – le mariage en dehors du groupe – doit prévaloir. Pour se conformer à cette dynamique tout en la balisant, nombre de sociétés ont formulé des règles qui tendent (du moins en principe) à maintenir un équilibre relatif entre l’ouverture et la fermeture. Mais des dérogations se produisent : la fugue amoureuse, le viol ou le rapt d’une femme par un homme ou par sa famille, ainsi que différents types de comportements de séduction peuvent conduire à des unions acceptables.

La plupart des gens ordinaires sont monogames, mais la polygamie existe aussi parmi eux. La polygynie (homme uni à plusieurs femmes) est plus courante que la polyandrie (femme unie à plusieurs hommes – comme à Guadalcanal, aux îles Salomon et aux îles Marquises). Dans certaines sociétés océaniennes, l’adultère est sévèrement réprouvé et châtié – en particulier, lorsqu’il s’agit d’une femme –, tandis qu’ailleurs, la désapprobation est moins sévère.

Des divorces surviennent, dans les cas d’adultère ou de refus d’accomplir le « devoir conjugal » quand, par exemple, l’un des époux tombe sous l’influence d’un sortilège qui l’empêche d'avoir des relations sexuelles avec toute autre personne que celle qui l’a ensorcelé. Dans certaines sociétés (par exemple, à Malaita), lors d'un divorce, la famille de la femme doit rembourser la compensation matrimoniale qu'elle a reçue, ce qui détruit le réseau social que le mariage avait créé. Ailleurs (par exemple, à Palau), c’est l’inverse : on doit indemniser la divorcée et sa famille (la même règle s’appliquant aux veuves).

Dans certaines sociétés océaniennes, à la mort d’un des époux, le clan du défunt demeure lié à celui du conjoint survivant : la mort sépare le mari et la femme, mais non pas leurs clans respectifs. Ailleurs (par exemple, chez les Maori), la veuve peut suivre son mari dans la mort : elle pourra décider de se pendre – un geste qu'on admirera – ou être mise à mort par les parents du défunt pour éviter qu’elle se remarie.

Pierre Maranda, 2000

Les femmes du roi Ingova
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