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Mariages
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Mariage Vidéo 1,21 min. [2,9 Mo] |
En Océanie, tout comme dans maintes sociétés européennes, le mariage permet de raffermir les relations sociales. Il cimente les alliances surtout économiques et politiques entre deux familles (bien souvent élargies). Il crée un ensemble dobligations réciproques par des échanges de biens et de services conformément à des usages déterminés. De telles alliances dureront toute la vie des mariés et peuvent même sétendre sur plusieurs générations.
Dans la plupart des sociétés océaniennes, les mariages saccompagnent de prestations et de contre-prestations importantes, habituellement organisées par les parents du futur marié. Ceux-ci doivent verser une compensation matrimoniale proportionnelle à leur statut social et à celui de la future mariée, afin dindemniser la famille de cette dernière de la perte dun membre précieux. Dans les sociétés patrilinéaires, la compensation versée par la famille du mari signifie que les enfants nés du mariage appartiendront au clan de lhomme. Les chefs de famille accumulent longtemps à lavance une somme dargent sous forme de monnaies de plumes, de coquillages, de dents de dauphins ou encore de nattes ou autres biens en prévision du mariage de leur fils. De longues négociations ont habituellement lieu avant que les deux familles nen arrivent à un entente définitive. Certains clans se saigneront aux quatre veines pour organiser une union somptueuse entre des enfants de chefs ou de grands prêtres. Dans les sociétés hiérarchisées comportant une aristocratie héréditaire et une classe populaire, on doit normalement épouser un membre issu de sa « classe », ce qui crée, dans une certaine mesure, une « endogamie de caste ».
Des règles de mariage ont néanmoins cours partout. Le tabou de linceste prévaut, bien que sa définition varie dun endroit à lautre et en fonction des systèmes de parenté. À lexception dHawaii et de Samoa, où comme dans lÉgypte ancienne linceste était prescrit entre les membres des familles du plus haut rang (personne nétant leur égal), la règle fondamentale exige quon donne à d'autres ses fils ou ses filles. Au lieu de favoriser la consanguinité et de rester fermés sur eux-mêmes, les membres d'une famille doivent ouvrir leur cercle et en faire, pour ainsi dire, des spirales qui leur donnent un rayonnement social plus grand et qui déploient leur univers de solidarité humaine. Par conséquent, lexogamie le mariage en dehors du groupe doit prévaloir. Pour se conformer à cette dynamique tout en la balisant, nombre de sociétés ont formulé des règles qui tendent (du moins en principe) à maintenir un équilibre relatif entre louverture et la fermeture. Mais des dérogations se produisent : la fugue amoureuse, le viol ou le rapt dune femme par un homme ou par sa famille, ainsi que différents types de comportements de séduction peuvent conduire à des unions acceptables.
La plupart des gens ordinaires sont monogames, mais la polygamie existe aussi parmi eux. La polygynie (homme uni à plusieurs femmes) est plus courante que la polyandrie (femme unie à plusieurs hommes comme à Guadalcanal, aux îles Salomon et aux îles Marquises). Dans certaines sociétés océaniennes, ladultère est sévèrement réprouvé et châtié en particulier, lorsquil sagit dune femme , tandis quailleurs, la désapprobation est moins sévère.
Des divorces surviennent, dans les cas dadultère ou de refus daccomplir le « devoir conjugal » quand, par exemple, lun des époux tombe sous linfluence dun sortilège qui lempêche d'avoir des relations sexuelles avec toute autre personne que celle qui la ensorcelé. Dans certaines sociétés (par exemple, à Malaita), lors d'un divorce, la famille de la femme doit rembourser la compensation matrimoniale qu'elle a reçue, ce qui détruit le réseau social que le mariage avait créé. Ailleurs (par exemple, à Palau), cest linverse : on doit indemniser la divorcée et sa famille (la même règle sappliquant aux veuves).
Dans certaines sociétés océaniennes, à la mort dun des époux, le clan du défunt demeure lié à celui du conjoint survivant : la mort sépare le mari et la femme, mais non pas leurs clans respectifs. Ailleurs (par exemple, chez les Maori), la veuve peut suivre son mari dans la mort : elle pourra décider de se pendre un geste qu'on admirera ou être mise à mort par les parents du défunt pour éviter quelle se remarie.
Pierre Maranda, 2000
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