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Masta Liu
Masta liu est le nom donné aux îles Salomon aux jeunes adultes et adolescents désuvrés et chômeurs qui traînent en ville. Le terme provient des mots masta (de l'anglais « master ») et liu ou riu (des langues malaitaïtaines « déambuler, se promener, traîner à ne rien faire »). Être un masta liu, cest être un maître dans lart de ne rien faire.
Le nombre des masta liu est en augmentation régulière, alors quun nombre toujours grandissant de jeunes quittent les zones rurales du pays pour venir en ville chercher un emploi, rendre visite à de la famille, ou simplement pour voir du pays et découvrir un monde culturel si différent de celui du village. Dans bien des cas, ces jeunes liu (et les moins jeunes), surtout lorsquils ont été scolarisés, sont envoyés en ville par leur famille avec la consigne de trouver un emploi salarié et denvoyer des subsides à leur famille restée au village (envois). Mais les villes ne peuvent plus absorber le grand nombre de jeunes à la recherche de travail, et ceux-ci se voient réduits à dépendre de leurs wantoks, pour l'hébergement et le couvert. Quils soient à la recherche dun emploi, ou non, ces jeunes ont du mal à retourner au village les mains vides, et prolongent indéfiniment leurs séjours en ville, jusquà ce quun wantok obligeant leur donne la somme dargent (monnaie) nécessaire à lachat dun passage sur le bateau de retour et à lachat dun sac de riz et de provisions quils offriront en cadeau à leur famille.
Les masta liu sont très visibles en ville et leurs activités sont presque toujours les mêmes : ils déambulent sans fin dans les rues, en groupe, souvent main dans la main, habillés selon leurs moyens de faux uniformes darmée achetés aux friperies locales, ou de vêtements tachés et déchirés faute de remplaçants. Ils sarrêtent en grappe devant les magasins et rêvent devant les vitrines. Ils commentent très longuement laffiche des cinémas en spéculant à voix haute sur les qualités du film ainsi annoncé, sans avoir dans leur poche le billet de deux dollars qui leur permettrait dentrer au cinéma. Beaucoup dentre eux se plaignent de leurs conditions de vie, et sennuient. Tous rêvent dun travail salarié régulier, même très faiblement payé. Certains se sont frottés à la délinquance et ont eu affaire à la loi (voyous). Certains sidentifient avec leur groupe ethnique dorigine et se regroupent en factions ethniques en divers points de la ville. La rivalité entre ces factions dorigines différentes augmente et nest pas sans créer de graves altercations. Les masta liu constituent un segment de la population fort désabusé, mais toujours à la recherche daction et de rêves.
Christine Jourdan, 2001
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