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Sacrifices
Très répandu dans toute lOcéanie, le sacrifice va de la simple offrande individuelle à limmolation dêtres humains. La forme de sacrifice la plus simple consiste à offrir, par exemple, des feuilles de dragonnier (dracéna) ou de croton ou encore une noix de coco, quon dépose sur une pierre censément dotée de mana ou sur la tombe dun ancêtre vénéré. On peut brûler ces offrandes en holocauste ou les laisser simplement sur place. Ils ont pour but dobtenir un avantage personnel. Une prière accompagne habituellement loffrande :
« X, voici une noix d'arec, redonne-moi mon cochon que je ne retrouve plus dans la brousse »;
« X, Y et Z, faites fructifier mon jardin. Je vous offre les feuilles que vous aimez. Souvenez-vous de nous, qui avons toujours pu compter sur vous.»
On fait également ce type doffrandes pour les premiers fruits et, à loccasion, en remerciement dévénements heureux comme le retour dun voyage réussi, une récolte abondante, la naissance dun enfant en bonne santé, etc.
Le sacrifice propitiatoire, plus élaboré, implique un sacrifice où on substitue lanimal immolé à la personne qui a irrité un esprit. Le prêtre fait alors brûler un poisson, un chien ou un porcelet et on le rémunère pour sa prestation. Ainsi, dans le cas dune maladie ou dune mauvaise récolte (malheurs habituellement imputés au courroux dun esprit), le prêtre sacrifiera lanimal sur un autel, le brûlera en entier sur place et invoquera lesprit offensé ainsi que tous ceux qui figurent au répertoire du clan. Il nommera la personne (moi) qui fait don de lanimal immolé et proclamera le but du sacrifice.
On peut mandater un prêtre pour offrir des sacrifices afin d'obtenir des gratifications personnelles ou collectives : richesse, nombreuse progéniture, vie conjugale harmonieuse, conditions météorologiques favorables, récoltes abondantes, etc. Les sacrifices peuvent aussi avoir pour but décarter la colère dun village ennemi, de se réconcilier avec ses habitants ou deffectuer des raids victorieux contre eux.
Lors de cérémonies importantes par exemple à Malaita, les prêtres sacrifiaient des dizaines, voire des centaines, de cochons destinés aux esprits du clan. On faisait cuire les animaux dans des fours en terre et les nombreux participants consommaient sur place une partie de la viande avant de rapporter dans leurs villages respectifs les restes du festin. La nature des morceaux et la taille des parts reçues par chacun dépendaient de son rang et de sa contribution à lorganisation de la cérémonie.
Enfin, on pratiquait des sacrifices humains. Il sagissait la plupart du temps de prisonniers de guerre et de criminels, mais aussi, parfois, de membres du clan (y compris des enfants). Lofficiant portait plusieurs coups à la poitrine de la victime ou lui tranchait la gorge. Il pouvait aussi la frapper à la tête avec une massue ou avec des pierres. On pouvait ensuite s'en partager la chair, notamment lorsquon immolait un guerrier célèbre qu'on avait capturé vivant. Les jeunes guerriers en mangeaient de petits morceaux afin dacquérir le mana combatif de son « âme ». Autrement, on disposait du cadavre en l'incinérant ou en l'enterrant sans lui accorder d'autres funérailles.
Les sacrifices humains avaient plusieurs buts, parmi lesquels poser les fondations dun nouveau temple (on inhumait le corps au pied du pilier principal), ériger une nouvelle statue, mettre à la mer une nouvelle pirogue de cérémonie ou de guerre, rétablir la santé dun chef ou assurer la victoire à la guerre.
Pierre Maranda, 2000
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