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Tapa
On fabrique le tapa dans maints archipels dOcéanie. Cette tâche appartient exclusivement aux femmes, les hommes nayant souvent même pas le droit dassister au processus de confection. On extrait la matière première (phloème) de lécorce du mûrier (Broussonnetia papyrifera) qu'on cultive en périphérie des jardins. On prélève dabord de préférence sur des arbres arrivés à maturité, qui fournissent un phloème de meilleure qualité de longues bandes verticales décorce, puis on en détache le phloème, quon roule en boules et quon fait tremper. On place ces boules sur une sorte denclume en bois dur et on le bat lentement, suivant un rythme donné, à laide dun maillet de bois à frappe douce. Au bout dune dizaine de minutes, les bandes ont doublé en largeur dans leur partie supérieure et sextuplé dans leur partie inférieure (la partie supérieure provient du haut du tronc, dont le diamètre est plus petit). On replie alors la partie supérieure sur la partie inférieure et on continue de battre les bandes, devenues très minces et pleines de trous. On remplit ces trous soit en rebattant la partie repliée soit en ajoutant du phloème. On finit par obtenir une pièce de tissu carrée ou rectangulaire, quon met à sécher sur le sol. Pour confectionner des tapas plus grands certains tapas de céméronie mesurent plusieurs douzaines de mètres de long et quelques mètres de large , on colle les bandes avec du manioc bouilli, du Tacca leontopataloïde ou encore avec de la sève ou de la résine.
On peint sur les tapas des motifs géométriques semblables à des tatouages. Comme colorant, on utilise la sève rouge foncé extraite de la racine de lHernandia,(Ranunculales hernandinacées) quon obtient par raclage et essorage, en y ajoutant de la terre rouge, de la suie ou un mélange des deux. On pétrit la terre rouge avec de leau et on en fait des briques, quon racle ensuite pour obtenir une poudre colorée. Pour produire de la suie, on brûle des noix de bancoul ou on noircit une boîte de conserve en la plaçant au-dessus de la mèche fumante dune lampe à pétrole. On applique la couleur avec des tampons en membrane décorce.
En Mélanésie, les petits tapas servent de cache-sexe aux femmes . Seuls les hommes peuvent fabriquer le tapa qui, d'une part leur sert de pagne et, d'autre part, sert pour l'emballage des objets inaliénables appartenant au clan par exemple, les écheveaux tabou et incessibles de monnaie de coquillage (les croyances veulent que, si on utilise ce trésor ancestral comme paiement, le clan séteindra.) Dans certaines sociétés de Papouasie Nouvelle-Guinée, les femmes battent les écorces pour en faire des capes (maro).
Les tapas les plus grands et les plus spectaculaires se trouvent en Polynésie et aux îles Fidji. On les utilise comme vêtements de cérémonie, décorations, linceuls et monnaie déchange et, dans certaines sociétés, comme nattes. À cet égard, on peut considérer les grands tapas à motifs comme des nattes très somptueuses. À Tonga, les familles et les clans possèdent des sceaux et impriment leurs marques sur les tapas qu'ils fabriquent.
Pierre Maranda, 2000
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