|
|
 |
Transe
Dans les sociétés insulaires dOcéanie, en général, la transe prend place publiquement, sous le regard dune communauté ou dun petit groupe. Le corps du sujet se rigidifie durant sa transe, qui est fréquemment amorcée et soutenue par une rythmique musicale à laquelle il ne participe habituellement pas. Les mutilations corporelles et les jeûnes se pratiquent fréquemment lors des transes, ayant pour effet dannihiler la douleur. La transe peut sinterrompre instantanément lorsquune autorité spirituelle, un médium, un guérisseur ou un prêtre, reproduit un rite très précis connu des adeptes, comme déposer une poudre sur le front du sujet. Au sortir de la transe, le sujet ressent souvent une impression de vide, dépuisement et des douleurs musculaires.
En Papouasie Nouvelle-Guinée, les joueurs de flûte tombent en état de transe lorsquils incitent lesprit dun défunt à quitter son corps. Plusieurs rites dinitiation valorisent létat de transe pour confirmer la possession ou le changement d'un graden dun individu (moi). Par exemple, chez les Baruya de Nouvelle-Guinée, on reconnaît les futurs chasseurs doiseaux (le casoar) sils entrent en transe à la vue des femmes qui approchent de la grande maison cérémonielle d'initiation pour leur apporter les bottes de chaume utilisées pour couvrir le toit de la cse. Par cette transe, ces chasseurs deviennent possédés de lesprit femelle du casoar, ce qui leur permet dattirer les mâles lors de la chasse.
Comme lindique cet exemple, la possession par une entité spirituelle, le voyage dun chaman dans lau-delà ou lexercice du médium sont habituellement précédés dun état de transe permettant de libérer lâme du corps soit pour quelle voyage, dans le cas du chamanisme, soit pour quelle laisse place à celle dune autre entité, dans le cas de la possession et du médiumnisme. Une fois en transe, la communication entre le monde des esprits et celui des vivants peut samorcer. Cette communication sétablit selon des desseins variés, allant de la guérison dune maladie à la résolution dun conflit.
La transe, pratiquée de manière rituelle ou non, existe partout dans le monde. Elle est souvent liée à un système de croyances et sexprime par des états physiologues particuliers. La psychanalyse occidentale associe généralement ces états à certains types de névroses. Par la transe, lindividu atteint un état de conscience passager, transitoire, qui implique nécessairement un retour à létat antérieur dans des délais très variables. Les symptômes physiologiques dune transe varient énormément, des mains glacées aux tremblements, de la paralysie à lévanouissement. La personne en transe donne limpression davoir perdu sa conscience réflexive et dêtre entièrement engagée dans son action. Par la suite, elle est généralement amnésique et na aucun souvenir de ce quelle a dit ou fait durant sa transe. Les actes posés et les paroles prononcées dans de telles circonstances varient en fonction de la culture.
Hélène Giguère, 2000
|
|