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Vêtements
En Océanie, les vêtements avaient traditionnellement une fonction dornement. Les somptueux casques et capes de plumes, les coiffes élaborées certaines de très grandes dimensions et fort ouvragées , les tapas, nattes et autres habillements servaient principalement de parures aux personnes (moi) qui jouissaient dun statut social élevé. Par ailleurs, courante, la nudité parfois intégrale s'accommodait bien, dans la vie quotidienne, de quelque léger bijou. Les tatouages, particulièrement en Polynésie, couvraient une partie du corps ou le corps entier de fines dentelles permanentes, tandis que les scarifications le marquaient plus profondément.
Dans plusieurs archipels, on identifiait le vêtement et la personne (moi) qui le portait association par contiguïté. Ainsi, à Hawaii et chez les Maoris, s'emparer, au cours d'une bataille, de la cape de plumes d'un chef équivalait à s'approprier sa généalogie. Les pagnes faits de nattes très fines et précieuses couvraient les organes génitaux des femmes. En Mélanésie, le cache-sexe d'une femme en forme de tablier et les étuis péniens avaient une signification particulière. Le premier avait pour but d'occulter la partie la plus « dangereuse » de lanatomie de la femme. Ce vêtement servait donc à dissimuler et par contrecoup à mettre en évidence ses organes de vie (mais aussi de mort). Quant au port de l'étui pénien, on en recense plusieurs interprétations divergentes. Pour certains, ce vêtement attire le regard sur les organes masculins en donnant du relief au pénis. Pour dautres, ce « redoublement du prépuce » entraînerait une atrophie graduelle du pénis. Enfin, daucuns croient que létui pénien équipe lhomme dune vulve symbolique permanente; cette appropriation « métonymique » du vagin équivaudrait à un coït incessant.
L'arrivée des Européens a eu deux effets sur le vêtement océanien. D'abord, les missionnaires ont exigé que les insulaires voilent leurs organes génitaux : indécente, la nudité démarquait ceux qui, refusant la civilisation, demeuraient des « sauvages ». D'autre part, les Océaniens ont vite apprécié le port du vêtement car il les protège des rayons du soleil. En outre, il augmente le confort sous climat tropical. En effet, plongeant dans un cours d'eau ou dans la mer tout habillé, on en ressort trempé et l'évaporation perpétue, tant qu'elle dure, un effet rafraîchissant. Mais dans les montagnes, le port des vêtements mouillés en raison des pluies multiplie les maladies pulmonaires et certaines maladies cutanées.
Les tissus importés ont désormais remplacé les tapas et autres fibres traditionnelles pour la confection de pagnes et autres habillements. La popularité des calicots provient en grande partie de leurs motifs vivement colorés et de leur facilité d'entretien. Les missionnaires avaient très tôt appris aux femmes comment coudre des vêtements, et cela a donné lieu en divers endroits au développement de costumes locaux. Les mumus, longues robes en tissus fleuris, à manches courtes ou longues et très peu décolletées, ont fait longtemps partie de linventaire vestimentaire des femmes dHawaii, de Tahiti et de Vanuatu. Depuis quelques années, les friperies vendant des vêtements provenant dAustralie, sont très populaires, particulièrement aux Salomon et en Papouasie Nouvelle-Guinée. Les magasins de vêtements importés qui se trouvent maintenant dans les grandes villes ont porté un coup sérieux à lindustrie vestimentaire locale.
Pierre Maranda et Christine Jourdan, 2000
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